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Shozo Awazu


Samedi 12 janvier 2008. Je participe à la coupe des ceintures noires des Yvelines à Poissy. On m’a prévenu d’un invité exceptionnel… Agé de 85 ans, son nom est Shozo Awasu, il est 9ème Dan de judo…
Il rentre sur le tatami, d’une démarche fatigué mais tranquille. On le présente rapidement, peut-être trop… Puis il s’assoit et reste là durant toute la compétition, attentif au moindre geste. Mais qui est cet homme qui nous observe d’un regard passionné ?
 
Né le 18 avril 1923 à Kyoto, Maître Shozo Awazu atteint le grade de 6ème Dan de judo à l’âge de 26 ans. Il arrive en  France en 1950 pour assister Maitre Mikinosuke Kawaishi. Awazu est expert en ne-wasa (judo au sol) et il est à l’origine d’un judo beaucoup plus sportif. Discret et disponible, il participe depuis plus de cinquante ans au développement du judo français. Certains disent de lui qu’il en est l’âme…
 
A 10 ans, Shozo Awazu est un enfant plutôt costaud pour son âge. Son père décide qu’il fera du judo. Après s’être entretenu avec le professeur du lycée, il obtient l’autorisation pour son fils de participer aux cours. A cette époque ce lycée à le titre de champion du Japon. Awazu commence donc son apprentissage du judo avec des camarades plus vieux et plus fort que lui. L’échec n’est pas admis et les professeurs n’hésitent pas à frapper les élèves. Mais poussé par un père strict, Awazu s’entraîne tous les après midi et ne se décourage pas. A 13 ans, il est ceinture noire et à l’âge de 15 ans, il obtient le titre de champion du Japon par équipe puis réitère cet exploit l’année suivante.
 
L’année de ses 18 ans, le Japon rentre en guerre contre les alliés. A 21 ans, il est enrôlé dans une section spéciale de l’armée de terre. C’est une période de sa vie très difficile.
Après la guerre, les américains, qui occupent le Japon, interdisent la pratique des arts martiaux. Awazu reprend ses études dans une école privée et s’entraine discrètement, parfois dans des dojos de police.
En 1948, le judo est à nouveau autorisé et on organise des championnats nationaux.
A cette époque il n’y a que les 16 meilleurs judokas du pays toutes catégories confondues qui peuvent y participer. Awazu en fait partie. Il est battu sur décision par Ito Tokaji, un professeur de la police d’Osaka. L’année suivante, il perd encore sur décision contre Toshio Yamagachi un ancien champion de l’université de Waseda qui s’apprête à devenir catcheur professionnel.
 
Entre temps, Awazu fait la rencontre qui change sa vie, celle de Maître Mikinosuke Kawaishi qui n’est autre que le professeur qui à lancé le judo en France. Elle se fait par l’intermédiaire de monsieur Kuribara, un professeur de Kyoto qui connaît très bien le judo D’Awazu. A cette époque Kawaishi à déjà passé 6 ans en France à développer le judo, il est directeur technique du J.J.C.F (le Jiu-Jitsu Club de France), mais contraint par la guerre, il est provisoirement de retour au Japon. Il repart pour la France en décembre 1948 et requière la présence d’Awazu comme assistant.
 
Awazu part pour la France un an et demi plus tard, le temps pour lui de récupérer son visa. Son voyage en bateau dure 28 jours, heureusement il est muni d’un permis spécial qui lui donne le droit de quitter la classe économique pour faire un peu de footing sur le pont. Il débarque à Marseille en juillet 1950.
 
Quelques heures plus tard, fatigué de son voyage, il est invité à rencontrer une ligne de quinze judokas de la région. Il accepte le défi. Ce n’est que le douzième judoka, monsieur Oudart de Toulon, qui réussie à le faire chuter sur hiza-guruma. Ce judoka avait fini 3ème des championnats de France toutes catégories et il est aujourd’hui 7ème Dan de judo. Ce fut la première leçon française d ‘Awazu : « Il faut se préparer sérieusement ou alors refuser de faire ».
 
Par la suite, il monte sur Paris s’occuper du Judo Club de France. Assisté par Jean Gaihlat, il partage sa connaissance du judo avec les judokas de l’époque, les Cauquil, Levannier, Pelletier…
Cette période est difficile, car il ne gagne pas d’argent. Il est obligé de donner des cours particulier pour vivre. La fédération n’est qu’une chambre dans un foyer avec une dame qui s’occupe des 3000 licences du judo français.
 
Puis maître Kawaishi organise des démonstrations dans toute la France. Le 21 octobre 1950, un gala, en l’honneur d’Awazu se tient à Paris au célèbre Vel’ Div’. Le lieu est plein à craquer, c’est la consécration pour Awazu et un immense succès pour le judo français. Opposé à 10 des meilleurs français de l’époque, il bat successivement Levanier, Martel, Belaud, Verrier, Roussel, Cauquil, Pelletier, Laglaine, Zin et concède le nul devant le dernier de la ligne, De Herdt, qui à tout fait pour ne pas perdre. Diverses démonstrations enthousiasment le public et dès le lendemain de nouveaux élèves apparaissent dans les clubs.
 
Dès lors, Shozo Awazu devient l’assistant à temps complet de maître Kawaishi au Judo Club de France ainsi qu’à la direction technique du judo français.
 
En 1951, Maître Abe arrive en France. Expert du kodokan, il est invité par un club toulousain. Cela crée un grand mouvement dans le judo français. D’un côté, ceux qui préfèrent l’apprentissage traditionnel de maître Kawaishi, de l’autre, ceux qui sont impressionné par les démonstrations plus mobiles de maître Abe. Awazu dit de cette période : « Beaucoup de choses ont été dites, et faites à cause de cela, mais tout cela n’était que du judo ! Monsieur Kawaishi et monsieur Abe défendaient la même chose ».
 

A cette époque, Awazu a prévu de rester en France seulement une année, mais il est tellement sollicité qu’il n’arrive pas à repartir au Japon. Il s’est pourtant marié en février 1949 et cela fait 2 ans qu’il n’a pas vu sa femme. Elle finit par le rejoindre en janvier 1953. Ils ont un fils puis trois petits enfants.

« Ma vie peut se résumer à : transpirer le jour et bien dormir la nuit. C’était une vie de judo et pour moi c’était bien. Jusqu’à aujourd’hui je suis content de ma vie ».

Source : Judo Magazine n°21 avril-mai 2004


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